Après le stage chez Pierre Enoff, j’ai eu envie de savoir comment s’étaient débrouillés ceux qui avaient déjà fait le stage à Porta, en revenant chez eux: ont-ils déferré leurs chevaux (ou les ont-ils laissés pieds nus), cela leur a-t-il posé des problèmes, quel compromis ont-ils trouvé entre la nécessité pour un cheval pieds nus de marcher beaucoup et la surface souvent trop petite du pré, ont-ils modifié leur façon de les nourrir… ?
Ca tombait bien, Pierre venait de mettre sur son site (equi-libre) une carte avec les noms et les coordonnées de ses anciens stagiaires. Je me suis aussitôt lancée dans le relevé systématique de ceux qui avaient indiqué une adresse électronique, pour leur envoyer toutes ces questions. Et voici le résultat de ce petit sondage qui vaut ce qu’il vaut…
Sur environ 70 messages envoyés, 67 ne me sont pas revenus avec un message d’erreur, et 37 personnes m’ont répondu. Si je m’ajoute à cette liste, nous sommes 34 à avoir des chevaux. Tous ces chevaux sont pieds nus et généralement sans problème, même si certaines personnes parlent d’une période de transition plus ou moins difficile selon les chevaux (certains ont plusieurs chevaux), mais souvent d’autant plus difficile que le cheval a été ferré longtemps. Certains (comme moi) optent pour les hipposandales, mais quand le cheval les a aux pieds, il ne se les endurcit pas. Cela ne dispense donc pas de le faire aussi marcher sans, si l’on ne veut pas avoir à les mettre toute sa vie…
Pour ce qui est du mode de vie, 24 disent avoir leur cheval au pré (surface de 1 à 40 hectares) avec d’autres chevaux, 2 alternent entre pré et paddock, 1 cheval est dans un paddock aménagé. Aucun ne vit en box.
C’est peut-être sur la nourriture qu’il est le plus difficile de changer ses habitudes: sur les 24 qui en parlent, seulement 8 ne donnent que de l’herbe et du foin; 9 ajoutent des compléments (le plus souvent de l’orge et parfois des granulés) dans certains cas (l’hiver, ou quand la condition semble baisser, quand la jument est gestante…) et 7 en ajoutent systématiquement (je ne suis pas fière d’être dans ce dernier cas).
Donc les pieds nus, c’est possible, même sans disposer d’une surface digne d’un troupeau de mustangs, et même sans avoir un mérens ou un cheval d’une autre race rustique aux pieds réputés plus solides que les autres. Et ne donner que de l’herbe et du foin ne semble ni affaiblir ni faire perdre de la condition aux chevaux, au contraire: l’une des personnes qui m’ont répondu est vétérinaire et m’a dit combien de prises de sang montrent des déséquilibres au niveau du foie, des reins… de nos chevaux nourris d’aliments trop riches, trop sucrés, trop protéinés. C’est décidé, je vais moi aussi supprimer progressivement ces compléments plutôt néfastes. A la place, parce que j’aime bien leur faire plaisir, et parce que j’aime bien qu’ils viennent me voir quand j’arrive, Magie m’accueillant d’un « brroubrrouou » certes un peu intéressé mais bien agréable quand même, ils auront juste une friandise matin et soir: une carotte, une pomme ou des noix…
Magie les quatre fers pieds nus en l’air:




« Ah tu étais là ? Tu as quelque chose pour moi ? »
Pour finir, un commentaire édifiant reçu d’une de ces « sages » qui ont définitivement cessé les compléments, et pour cause !
« Bonjour,
Je reprends ce que vous avez écrit sur votre blog pour vous apporter quelques précisions de mon expérience personnelle en alimentation.
J’ai acheté Blika en 1996 et je l’ai nourrie « occasionnellement » avec de l’orge mélassée: pour les randos ou en hiver quand il faisait très froid. Le reste de l’année, comme elle vivait sur de grands espaces en troupeau dans une pension où les chevaux n’étaient pas « complémentés », je ne faisais rien de plus. Tout se passait très bien avec ma jument sauf qu’elle pêtait les plombs une ou 2 fois par an à se jeter par terre de façon tout à fait brutale et inexpliquée. Toutes les hypothèses les plus idiotes ont été émises à l’époque, du caprice jusqu’au problème d’ovaires, mais rien n’a jamais été démontré. Jusqu’au jour où j’ai décidé d’appeler un véto un peu « différent » (naturopathe/ostéopathe dans le Lot) parce que Blika venait de se jeter de nouveau par terre et était restée une bonne minute sans bouger et j’ai vraiment eu très peur. Après examen de ma jument et enquête auprès de moi, il m’a annoncé que « j’empoisonnais » ma jument avec un aliment totalement inadapté au cheval. J’ai sagement écouté ce qu’il me disait, appliqué ses recommandations à la lettre: des grands espaces et du foin, rien que du foin si je voulais complémenter, et puis… avant de partir sur une rando, j’ai « désobéi », donné de « l’aliment » pendant quelques jours à ma jument, comme une petite fille qui pique des bonbons dans le placard et… elle s’est renversée de nouveau… Honte sur moi, j’ai juré qu’on ne m’y reprendrait plus !
Cette histoire date de 2001. Blika n’a jamais été aussi belle que depuis l’époque où j’ai arrêté mes bêtises et inutile de vous préciser qu’elle ne s’est jamais jetée par terre de nouveau. J’ai, depuis 2004, 2 autres chevaux et 2 ânes, et jamais je ne leur donnerai autre chose que du foin ou de la paille les jours d’hiver enneigés. Ils vivent depuis 3 ans sur le causse à 1000 m d’altitude, été comme hiver.
Autre expérience: mon frère a une jument de 7 ans qui vit malheureusement en box et qui mange des floconnés et autres « cochonneries », elle fait des coliques à répétition et les dernières ont été tellement graves qu’il a fallu l’hospitaliser d’urgence. Résultat de la gastroscopie: « ulcères hémorragiques et profonds ». Une des grandes causes: l’alimentation !
Il l’a passée au foin, et à sa grande surprise elle a grossi en moins d’1 mois, alors qu’il avait toujours des difficultés à la garder en état. On est loin de l’avoir sauvée, et cette pauvre jument a d’autres problèmes (ferrure avec talons hauts +++ par exemple, vie en box, etc) mais cela prouve encore une fois qu’il faut avant tout faire preuve de bon sens avec nos chevaux et respecter leur nature.
A ce sujet, j’ai lu avec attention votre blog et je vous félicite pour tout le chemin parcouru avec votre petite Magie. Merci pour ce témoignage intelligent!
Cordialement, Nathalie »